Goya avant Goya

Francisco Goya (1746-1828) est sans doute le plus grand artiste de la fin du XVIIIème et du début du XXème. Contemporain de David, il le dépasse de loin en génie, en imagination. Pourtant David est certainement un bien meilleur peintre. Mais comment est-ce donc possible?

Le paradoxe s'explique. En 1791 personne n'aurait imaginé  le destin de Goya, alors agé de 45 ans et ayant atteint le sommet de sa carrière à la cour du roi d'Espagne, juste avant qu'il ne tombe gravement malade. Personne n'aurait pu pressentir ce qu' allait devenir, le grand précurseur de l'art moderne. Et s'il était mort de cette maladie mystérieuse, on n'en parlerait pas du tout comme on en parle aujourd'hui. 

Mais voilà. Cette maladie l'a sans doute transformé extérieurement (il est devenu totalement sourd), et intérieurement: enfermé dans son monde, il a laissé libre cours à son imagination, abandonnant la représentation fidèle qui était l'essence de la peinture jusque là, mais sans tomber, comme le firent ses contemporains Blake ou Füsli, dans une sorte d'expression onirique et idéalisée, quelque peu vaine. Son monde à lui, celui qu'il représente dans ses tableaux, ses gravures et ses dessins, est à la fois très réel et profondément imaginaire, il retranscrit à sa manière la période de bouleversement que traverse la société dans laquelle il vit, et ses techniques d'expression ne se cantonnent pas à la couleur, ce qui lui donne une liberté inouïe pour s'exprimer. 

Dans la présentation qui suit, on va regarder la partie a priori la moins intéressante de son oeuvre, celle qui précède sa maladie.  Il faut quand même la connaître et la comprendre. On  y voit alors l'ascension sociale d'un peintre provincial mais ambitieux, observateur aigu d'une société en train de se déliter. Pour ce qui est de la seconde partie de l'oeuvre de Goya, de loin la plus importante, il faudra sans doute,pour l'appréhender, mobiliser des outils d'analyse beaucoup plus élaborés. 

L'exposé: Goya (4.65 Mo)

Commentaires

  • Patrick Aulnas
    Bravo pour cette présentation approfondie des cartons de Goya, dont j'ignorais tout. Les références à Vélasquez, Boucher, Fragonard, Mengs, etc. permettent au lecteur de bien situer Goya dans la peinture du 18e siècle. Gros travail de préparation et de réflexion sans aucun doute. On attend impatiemment la seconde partie, le Goya de l'intériorité fragile mais lucide. Me semble-t-il, mais je le connais mal...

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