Paysages naturalistes

Les hollandais furent, au XVII ème siècle, sinon les inventeurs du moins les grands propagandistes de la peinture de paysage. Dans la présentation qui leur a été consacrée, on a montré qu'il y eut plusieurs catégories de peintres dans ce domaine, chacun se spécialisant souvent dans une forme, un sujet, une technique.  Mais l'attention pour le paysage continua au XVIIIème siècle, notamment en Italie (avec les vedutisti, Canaletto, Bellotto, Guardi), ainsi qu'en Angleterre et en France. Mais c'est au XIXème siècle que ce genre connut son plus fort développement jusqu'à recevoir une consécration suprême avec les Impressionnistes.

Ces derniers eurent cependant beaucoup de précurseurs parmi lesquels on a choisi d'en présenter deux, John Constable (1776-1837) et Jean Baptiste Camille Corot (1796-1875). Le premier, anglais, ne quitta jamais son île natale et resta attaché à son terroir au point d'en faire le coeur de son oeuvre. Le second, français, beaucoup plus voyageur et plus éclectique, effectua le traditionnel voyage en Italie , et en fut durablement influencé. Les deux n'étaient pas forcément les plus doués au départ, Ils étaient tous deux issus de familles aisées qui leur ont donné les moyens financiers pour se consacrer à leur vocation et apprendre le métier tranquillement (cet apprentissage fut long pour Corot, mais aussi pour Constable, comparé à Turner, son contemporain qui rentra à l'Académie Royale des Beaux Arts à 27 ans).

Nos deux peintres purent ainsi vivre sans trop de préoccupation matérielle (même si Constable a cherché, sans trop de succès, à vendre des tableaux pour nourrir une famille nombreuse. Il en aurait vendu une vingtaine, ce qui est beaucoup mieux que Van Gogh qui n'en a vendu aucun). Un autre élément les rapproche, l'habitude d'aller peindre en plein air, même si souvent ils ont élaboré leurs tableaux définitifs en atelier. Cette pratique sera généralisée par les impressionnsites. Sinon, l'un fut profondément casanier quand l'autre (Corot) n'arrêta pas de bouger. Il est allé 3 fois en Italie, a parcouru sans cesse la France (Normandie, Auvergne, Ile de France, Provence), la Belgique, la Suisse, la Hollande à la belle saison, se fixant en hiver à Paris pour élaborer ses tableaux à partir d'esquisses prises en plein air l'été, "sur le motif".

Constable, né vingt ans plus tôt, a influencé Corot (et d'autres peintres français de cette époque d'ailleurs, il a beaucoup impressionné Delacroix). Il a donné au paysage naturaliste, ses lettres de noblesse.  Peindre un paysage naturaliste, c'est refuser de mettre dans un tableau représentant un lieu, un contenu philosophique, moral, des sentiments, ou tout autre considération extérieure au paysage lui même. Mais cela ne signifie pas nécessairement la simple reproduction d'une réalité. Car celle-ci conduit alors à un paysage topographique, qu'ont pratiqué les "vedutisti", notamment Bellotto. Constable de son côté a peint sa campagne natale, domestiquée, où l'Homme intervient en permanence. Les personnages sont d'ailleurs toujours présents dans ses plus grands chef-d'oeuvre. Même si ses tableaux n'ont pas de contenu philosophique, en arrière plan la présence de l'Homme dans la nature est pout lui l'accomplissement de la volonté divine. Corot n'a pas du tout ces a priori. 

Constable et Corot  comme d'autres, se sont permis dans leurs travaux d'atelier, de transformer (en partie) la réalité transcrite dans leurs esquisses, en fonction d'un objectif précis : stratégique (se faire accepter du public) ou pictural  : renforcer une sensation perçue à la vue du lieu peint, par exemple un changement de lumière provoqué par le mouvement des nuages), faciliter la perception de cette sensation par le public, qui ne connaît pas forcément le lieu en question. 

En peignant essentiellement des lieux de sa campagne natale du Suffolk,  Constable se sentait en confiance (Bittner utilise pour cela le vocable latin de locus amoenus, lieu où l'on se sent à l'aise). Mais il a eu aussi une démarche picturale originale, en cherchant à capter et inscrire sur la toile toutes les impressions fugaces que la météo capricieuse de cette région provoquait chez lui. Il n'était pas autodidacte, il connaissait les techniques de grands paysagistes comme Le Lorrain, Rembrandt ou Rubens. Mais il n'a pas voulu les imiter. Il leur a emprunté à l'occasion ces techniques, surtout au début de sa carrière, mais pour son propre objectif.  

Corot a eu une vie plus longue et a beaucoup évolué chemin faisant. Il a sans doute poussé la conception du paysage naturaliste jusqu'à l'extrême, mais  ne cherchait pas à capter la variété des couleurs et des formes dans le ciel, leur impact sur une végétation ou sur les eaux d'une rivière, ou les sensations que ces observations lui procuraient. Il s'intéressait plutôt de façon objective à la structure des paysages (la disposition de la végétation et des constructions, quand il y en avait). Sa formation auprès d'un peintre néoclassique, Bertin, et des dispositions personnelles le poussaient à l'analyse de ces formes "géométriques" naturelles. Mais ses voyages en Italie lui ont aussi donné le goût de peindre les rapports entre la diffusion de la lumière et les structures qui remplissaient ses tableaux.  Ce goût ne lui passera pas, même sous des cieux moins lumineux. 

Les impressionnsites, en utilisant une technique originale (la division de la touche par couleurs), continueront et approfondiront les démarches complémentaires de Constable et de Corot, dans le rendu du paysage; ils en fourniront aussi une synthèse originale.

L'exposé :   Constable et corot completConstable et corot complet (6.98 Mo)

 

 

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