destruction des codes

La Renaissance avait imposé un code général de représentation  de la réalité et d'élaboration des images dans les tableaux. Il était résumé par la formule d'Alberti "une fenêtre ouverte sur le monde". L'idée est que le tableau opère le découpage d'un rectangle dans l'espace, à partir d'un point de vue unique, celui du spectateur. Les lois de la perspective : le point de fuite unique des "parallèles", la diminution de la taille des objets en fonction de la distance d'observation, éventuellement la dissolution de la couleur avec l'éloignement (perspective "aérienne"), tout ceci constituait l'ensemble des conventions qu'adoptaient les peintres pour fournir une représentation  de "la fenêtre ouverte sur le monde".

A la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème, cet ensemble de codes va peu à peu être remis en question et "l'art moderne" n'est que l'héritier de cette longue évolution. Celle-ci a conduit en fin de compte à la destruction progressive de ces codes .  Chaque artiste aura, à des degrés divers, contribué à cette remise en question. Dans un autre exposé, j'en donne un exemple avec Delacroix, un peintre français qui n'est sans doute pas allé au terme de sa démarche. De manière générale la peinture française, qui occupe une position dominante dans le contexte européen au XIXème siècle, procèdera lentement dans cette destruction des codes  (en gros un siècle). On peut en mentionner les étapes : romantisme, réalisme, impressionnisme, fauvisme, symbolisme, synthétisme, expressionnisme, cubisme, art abstrait, surréalisme.

Ailleurs en Europe, des individualités remarquables mais isolées, ont été moins prisonnières du "conformisme dominant" français. Elles ont été plus vite sur le chemin de la destruction des codes, même si elles n'ont guère été suivies par la suite.  Turner en Angleterre et Friedrich en Allemagne, quasiment contemporains (le premier est né en 1775, le second en 1774) ont été deux de ces personnalités. Ils ont oeuvré dans un domaine où les codes de la Renaissance avaient une importance fondamentale, celui du paysage, d'où l'importance de leur remise en question. 

Bien entendu, détruire pour détruire ne sert à rien : S'il n'y a pas de projet il ne peut pas y avoir d'oeuvre d'art, mais simplement gribouillis. Or Turner et Friedrich ont été de très grands artistes et chacun avait son projet. On va tenter de les découvrir. 

L'exposé : Friedrich turner (6.11 Mo)

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